Cette COP était censée être celle de l’action et de l’Afrique mais les résultats ne sont pas là. Si les États ont répété leur volonté de lutter contre le changement climatique, les négociateurs ont laissé en suspens plusieurs sujets-clés : financements, agriculture… L’ONG CARE appelle les États à ne pas fragiliser l’action climatique et à traiter tous les sujets de front. L’heure n’est plus aux COP en demi-teinte.

Si la dynamique de la COP 21 se prolonge dans la mise en application accélérée de l’Accord de Paris pour 2018, certains sujets-clés des négociations climatiques semblent avoir été traités à la légère par les États.

Les efforts concernant la réduction des émissions de gaz à effet de serre restent très largement insuffisants pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. Seuls les pays du Climate Vulnerable Forum ont annoncé leur transition vers 100% d’énergies renouvelables mais sans préciser d’échéance. Si un dialogue est prévu en 2018 pour rehausser les contributions nationales, les États n’en ont toujours pas préciser les modalités. Pourtant, la fenêtre d’action pour ne pas dépasser les 1,5°C est de plus en plus étroite : quatre ans.

« Faut-il une fois de plus rappeler aux États les risques d’une catastrophe climatique de grande ampleur ? En cas d’un réchauffement de 2°C, près de 30 millions de personnes seront affectées chaque année par des inondations d’ici 2100. Elles seront deux fois plus nombreuses si on ne parvient pas à éviter un réchauffement de 3°C », rappelle Fanny Petitbon, responsable plaidoyer de CARE France.

En se revendiquant africaine, cette COP voulait défendre les intérêts des populations les plus affectées par le changement climatique. Clairement, le résultat attendu n’est pas là. Si les États semblent vouloir avancer sur cette question, cela reste très théorique. Ainsi, un nouveau programme de travail sur l’intégration du genre dans les actions climatiques vient d’être confirmé. Mais ses contours et ses objectifs restent à définir. De même, le mécanisme de Varsovie sur les pertes et dommages – prolongé pour cinq ans – étudiera la question des déplacés climatiques. Mais tout reste à faire en termes d’actions concrètes dont les financements viennent à peine d’être actés.

De manière plus globale, les financements restent l’un des principaux points faibles de cette COP. Le manque d’ambition des États est particulièrement flagrant. Quelques pays développés se sont réveillés en sursaut l’avant-dernier jour de la COP en rassemblant 80 millions de dollars pour le fonds d’adaptation. Mais, ils doivent revoir leur calcul. Les besoins en adaptation sont 800 fois supérieurs. On est encore loin du compte.

« Les États semblent avoir privilégié une action de dernier recours : compenser les victimes du changement climatique plutôt que limiter et réduire les dérèglements climatiques. C’est inquiétant », déclare Aurélie Ceinos, responsable climat de CARE France, actuellement à Marrakech.

Le rythme de cette COP a été très décevant. Les États donnent l’impression d’avoir tout donné l’année passée et ne sont pas venus suffisamment préparés. Faut-il leur rappeler que l’emballement climatique ne nous laisse pas le luxe de ralentir l’action climatique un an sur deux ?

« Plusieurs négociations, comme celles sur l’agriculture, se sont arrêtées dès la fin de la première semaine. Au lieu de chercher des compromis, les États ont préféré se concentrer sur des initiatives parallèles comme le “4 pour 1000” ou “Triple A”. Non seulement leur manque d’encadrement laisse le champ libre aux fausses solutions (OGM, engrais…), mais la multiplication de ces actions en dehors des négociations disperse et complexifie l’action climatique », alerte Aurélie Ceinos, experte climat de CARE France.

CARE rappelle aux États que l’urgence climatique exige plus d’efficacité et de cohérence de leur part.